Par Julien Serre Publié dans LES ECHOS le 27 juil. 2023 à 7:00Mis à jour le 27 juil. 2023 à 7:19

Au lendemain d’un conflit, lorsque des villes sont en ruines et les communautés fracturées, la culture joue un rôle clé dans le processus de reconstruction. L’Ukraine, avec son riche patrimoine historique et artistique , témoigne de la résilience et de l’esprit de son peuple.

L’accompagner demain dans son rétablissement exige de mobiliser le pouvoir transformateur de la culture. Pour y parvenir, il faut faire respecter la convention de 1954 sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé, la financer et reconnaître le rôle moteur de l’Unesco.

La cathédrale de la Transfiguration à Odessa, joyau orthodoxe de l’Eglise d’Ukraine, classée au Patrimoine mondial en péril de l’Unesco, a été gravement endommagée par un bombardement russe le 21 juillet. Elle est la suite tragique de nombreuses destructions similaires dans ce pays depuis seize mois.

265 sites touchés

De récentes évaluations préliminaires des dommages révèlent l’ampleur des dégâts infligés au paysage culturel ukrainien. L’Unesco a vérifié les dommages causés à 265 sites depuis le 24 février 2022. Parmi les régions touchées, la région de Kharkiv est particulièrement affectée, avec plus de 55 sites endommagés, chacun représentant un morceau précieux de l’identité et de l’histoire du pays.

Des monuments religieux aux musées, des bâtiments historiques aux monuments commémoratifs, la liste établie par l’organisation est un rappel poignant des défis qui nous attendent pour reconstruire.

Ce bilan est documenté. Tout comme plusieurs organisations non gouvernementales, l’Unesco a lancé un programme visant à former des photojournalistes ukrainiens à couvrir la vie culturelle dans un contexte de conflit et à documenter les dommages causés au patrimoine culturel. Il faut continuer de soutenir ce travail de narration visuelle, pour transmettre et préserver la mémoire du paysage culturel de l’Ukraine, malgré les priorités immédiates de la guerre.

Reconstruction culturelle

Pour reconstruire le patrimoine culturel de l’Ukraine, il est possible de s’inspirer des efforts de reconstruction culturelle réussis dans le monde entier, depuis les ruelles pavées de Mostar en Bosnie-Herzégovine jusqu’aux manuscrits de Tombouctou au Mali, en passant par les sites religieux de Mossoul en Irak.

Leur message est clair : la restauration du patrimoine culturel va au-delà de la reconstruction des bâtiments. Elle insuffle de la vie aux communautés, favorise la résilience et ouvre la voie à un avenir en commun.

La voie de la reconstruction du patrimoine culturel de l’Ukraine est guidée par des cadres internationaux tels que la Convention des Nations Unies pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé du 14 mai 1954 et ses deux protocoles.

Convention de 1954

Cette convention souligne l’engagement de la communauté internationale en faveur de la sauvegarde du patrimoine culturel, en insistant sur la nécessité de protéger les sites et les artefacts en temps de conflit. La convention doit être appliquée et nous devons consacrer des ressources suffisantes aux projets qui la soutiennent.

Des outils de financements et des programmes ambitieux doivent être étudiés dès aujourd’hui, en vue de la prochaine Conférence en Allemagne en 2024.

La résolution 2347 du Conseil de sécurité, unanimement votée en 2017 – y compris par la Russie – avait été portée par la France et l’Italie. Elle renforce l’objectif général de protection des biens culturels et engage les Etats membres à verser des contributions financières afin d’appuyer les opérations d’urgence et de prévention, la lutte contre le trafic de biens culturels, ainsi que d’entreprendre tous les efforts appropriés pour la récupération du patrimoine culturel, dans l’esprit des principes consacrés par les conventions de l’Unesco.

Manque de moyens

Le soutien financier fait pourtant défaut. La dernière Conférence sur la relance de l’Ukraine 2023 à Londres a réuni de nombreux dirigeants, des organisations et des donateurs mondiaux ; des engagements à hauteur de 60 milliards d’euros ont été faits, dont 50 par l’Union européenne via un outil pluriannuel.

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Des propositions précises pour le patrimoine culturel ont toutefois manqué ; la culture n’est pas évoquée dans le communiqué final. Des outils de financements et des programmes ambitieux doivent donc être étudiés dès aujourd’hui, en vue de la prochaine conférence en Allemagne en 2024.

Dans cette perspective, la mission de l’Unesco est plus importante que jamais et doit pouvoir jouer un rôle moteur dans la dimension culturelle de la relance. Cette organisation incarne un multilatéralisme axé sur les résultats, qui veut changer concrètement la vie des gens, avec un personnel convaincu que la culture est importante pour la paix. L’Unesco devra donc disposer des moyens nécessaires pour mobiliser son expertise internationale et mettre en oeuvre ses programmes en Ukraine.

Investissement pour l’avenir

Le moment est opportun. Les Etats-Unis sont revenus à l’Unesco en juin 2023, eux qui avaient joué un rôle clé au moment de sa création, à la fin de la Seconde guerre mondiale. Ce nouveau départ démontre s’il le fallait que l’engagement commun en faveur de l’éducation pour tous, de la préservation du patrimoine culturel, du progrès scientifique, de la liberté des médias et de la diffusion de l’information rassemble les forces des nations. Les Etats-Unis ont ratifié la convention de 1954 en 2009.

Demain, les Ukrainiens reconstruiront leur paysage culturel, un monument, une oeuvre d’art et une communauté à la fois. La restauration du patrimoine n’est pas seulement un investissement dans le passé ; c’est un investissement dans un avenir uni, prospère, avec une culture dynamique et ouverte à tous. Tirons ensemble notre force de la résilience du peuple ukrainien et de ce pouvoir transformateur de la culture. Faisons respecter la convention de 1954, et mobilisons les ressources pour construire le patrimoine de demain.

Julien Serre 

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